Usurpation d'identité : protégez votre entreprise
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Facturation électronique : le risque d'usurpation d'identité pour les entreprises
La question posée au gouvernement
Question écrite n° 13128 — 17ᵉ législature. Question publiée au Journal Officiel du 24 février 2026 (page 1566). Réponse publiée le 21 avril 2026 (page 3377). Question de Mme Laure Lavalette (Var, 2ᵉ circonscription).
Mme Laure Lavalette alerte le ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur les risques d'usurpation d'identité liés à l'entrée en vigueur de l'obligation de facturation électronique, au 1er septembre 2026.
À compter de cette date, toutes les entreprises — quelle que soit leur taille (TPE, PME, micro-entrepreneurs, professions libérales) — devront recourir à un dispositif de facturation électronique pour leurs échanges inter-entreprises. La mise en œuvre pratique de cette réforme suscite de fortes inquiétudes en matière de sécurité numérique.
En effet, contrairement au projet initial qui prévoyait une plateforme publique assortie d'une authentification sécurisée via FranceConnect+ ou France Identité, l'État a finalement délégué cette compétence à une centaine de prestataires privés. Or la plupart d'entre eux n'offrent pas de garanties suffisantes en matière de vérification d'identité : la création d'un compte se limite souvent à la simple saisie d'informations de base (nom, SIRET, courriel), voire à l'envoi d'une copie de pièce d'identité — une procédure désormais considérée comme obsolète et risquée.
Ces pratiques ouvrent la voie à des usurpations à grande échelle, facilitées par la diffusion en open data des informations relatives aux entreprises et par la circulation massive de données personnelles compromises. Chaque année, plus de 300 000 personnes sont victimes d'usurpation d'identité selon le ministère de l'Intérieur. Sans mesure de sécurisation, plusieurs millions d'entrepreneurs pourraient être exposés à ces fraudes dans les prochaines années, avec des conséquences dramatiques : escroqueries, dettes injustifiées, ou procédures judiciaires contre des victimes innocentes.
La députée demande donc si le Gouvernement entend reporter l'entrée en vigueur de cette obligation, le temps de garantir un niveau de sécurité suffisant, et s'il envisage de créer une plateforme publique nationale de facturation électronique — à l'image de dispositifs comme l'ANTS — permettant une authentification via FranceConnect+ ou France Identité.
La réponse du gouvernement
Le dispositif de facturation électronique, prévu à l'article 26 de la loi de finances rectificative pour 2022 et à l'article 91 de la loi de finances pour 2024, s'appuyait à la fois sur un portail public de facturation (PPF) gratuit mais offrant un service minimum, et sur des opérateurs privés : les plateformes agréées.
Le 15 octobre 2024, l'État — tout en réaffirmant le caractère majeur du projet — a fait le choix de ne pas construire le PPF. Les entreprises devront donc choisir parmi les plateformes immatriculées par l'État pour échanger leurs factures de manière sécurisée et transmettre les données à l'administration fiscale. À ce jour, une centaine de plateformes ont obtenu une immatriculation définitive.
Ces plateformes sont des tiers de confiance immatriculés et certifiés par l'administration fiscale, et répondent à un cahier des charges précis, notamment sur la sécurité des données. Elles doivent héberger leurs données au sein de l'Union européenne et, lorsqu'elles recourent à un cloud, s'appuyer sur une infrastructure qualifiée SecNumCloud (ou équivalente). Elles doivent également produire une certification ISO/IEC 27001, garantissant la traçabilité des données et le respect des normes de sécurité. Elles sont auditées chaque année par des cabinets professionnels ; en cas de non-conformité, le retrait de l'immatriculation est possible.
Le choix de ne pas concentrer l'ensemble des flux nationaux dans un point de passage unique participe aussi de la stratégie de sécurité. Un portail central aurait constitué une cible évidente pour une attaque d'ampleur, avec un risque systémique majeur en cas de défaillance. Le modèle distribué réduit cette exposition : il évite la concentration de tous les flux dans une seule infrastructure et limite la propagation en cas d'incident isolé. Cette architecture renforce la résilience globale du dispositif et contribue, au-delà de la protection des données, à la protection du fonctionnement économique lui-même. Il s'agit d'un choix assumé de sécurité systémique, au service de la stabilité de l'économie.

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